Crapounifon@bookwyrm.social a publié une critique de Le Pavillon d'or par Yukio Mishima
Belle plongée dans la médiocrité
3 étoiles
Le Pavillon d'Or de Kyôto (Kinkaku-ji), trésor national, fût incendié en juillet 1950 par un bonze shinto. Ce livre de Yukio Mishima imagine le parcours de l'incendiaire, sous le signe de la contradiction et de l'ambivalence, comme certains aspects de l'auteur. Homosexuel affirmé, sujet d'un de ses romans sur sa jeunesse, il est aussi traditionaliste et nationaliste. Il se fera seppuku à 45 ans, en public. Le bonze, laid et bègue, sera obsédé par la Beauté et notamment par le Pavillon d'Or qui l'incarne parfaitement, selon lui. Traumatisme d'enfance mal digéré, grande solitude, subie puis assumée, empathie d'un granit en Antarctique, le bonze s'enfoncera. L'auteur nous montre un peu le Japon de la guerre puis de l'après-guerre, avec l'occupation américaine, un Japon éternel en déliquescence. Comme le bonze, enfance terne et pleine de rebuffades, il voit ensuite les mœurs de certains des moines du Rokuonji. L'auteur se promène sur deux …
Le Pavillon d'Or de Kyôto (Kinkaku-ji), trésor national, fût incendié en juillet 1950 par un bonze shinto. Ce livre de Yukio Mishima imagine le parcours de l'incendiaire, sous le signe de la contradiction et de l'ambivalence, comme certains aspects de l'auteur. Homosexuel affirmé, sujet d'un de ses romans sur sa jeunesse, il est aussi traditionaliste et nationaliste. Il se fera seppuku à 45 ans, en public. Le bonze, laid et bègue, sera obsédé par la Beauté et notamment par le Pavillon d'Or qui l'incarne parfaitement, selon lui. Traumatisme d'enfance mal digéré, grande solitude, subie puis assumée, empathie d'un granit en Antarctique, le bonze s'enfoncera. L'auteur nous montre un peu le Japon de la guerre puis de l'après-guerre, avec l'occupation américaine, un Japon éternel en déliquescence. Comme le bonze, enfance terne et pleine de rebuffades, il voit ensuite les mœurs de certains des moines du Rokuonji. L'auteur se promène sur deux axes : laideur - beauté et grandeur et médiocrité. Un fossé entre le dit et la réalité, entre elle et la beauté, un fossé entre sa sensibilité et sa médiocrité jusqu'à devenir glauque, jusqu'à sa « gloire ». La condition des femmes est lamentable, les soldats américains y ajoutant une couche... au sens « propre ». Il y a de beaux passages, des images permanentes, très sensibles, à l'instar d'un Japon à la fois brutal et délicat. La poésie est au détour de paragraphes. Un livre qui marquera, comme l'incendie, et sera adapté en film. Cela laisse un goût amer. Mais Hegel disait :
L'art n'est pas la représentation d'une belle chose, mais la belle représentation d'une chose.
Cela prend tout son sens avec ce livre.