Leito a publié une critique de Le nom de la rose par Umberto Eco
Le Nom de la Rose
5 étoiles
[Rattrapage de notes vieilles de plusieurs mois, on fait ce qu'on peut…]
La belle coïncidence a voulu que je sois en train de lire les nouvelles de Cuentos completos de Jorge Luis Borges juste avant celui-ci, et que la filiation de Umberto Eco au maître ès citations-érudites-trop-précises-et-nombreuses-pour-être-honnêtes m'a donc sauté aux yeux. La bibliothèque labyrinthique qui referme tout le savoir du monde, évidemment. Mais aussi cette très particulière débauche de savoir et de références savantes lâchées en permanence pour étayer le propos. On parle de bien trop de lectures et de mémoire pour un simple humain — ce qui me mène souvent à estimer que la moitié est inventé, pour ne pas admettre la réalité qui est tout simplement que Eco n'est pas humain.
Pour finir sur la parenté littéraire avec Borges, il y a un élément évident mais que j'ai mis plus de temps à voir parce …
[Rattrapage de notes vieilles de plusieurs mois, on fait ce qu'on peut…]
La belle coïncidence a voulu que je sois en train de lire les nouvelles de Cuentos completos de Jorge Luis Borges juste avant celui-ci, et que la filiation de Umberto Eco au maître ès citations-érudites-trop-précises-et-nombreuses-pour-être-honnêtes m'a donc sauté aux yeux. La bibliothèque labyrinthique qui referme tout le savoir du monde, évidemment. Mais aussi cette très particulière débauche de savoir et de références savantes lâchées en permanence pour étayer le propos. On parle de bien trop de lectures et de mémoire pour un simple humain — ce qui me mène souvent à estimer que la moitié est inventé, pour ne pas admettre la réalité qui est tout simplement que Eco n'est pas humain.
Pour finir sur la parenté littéraire avec Borges, il y a un élément évident mais que j'ai mis plus de temps à voir parce que je n'étais pas familier de la biographie de l'écrivain argentin : c'est que Eco avait carrément glissé Borges dans son roman, en la personne de… Jorge, le vieux fou et aveugle (comme l'auteur à la fin de sa vie) qui se rappelle de tous les ouvrages qu'il a lu. Sinon, c'est un roman policier qui sert d'excuse à un roman historique qui sert d'excuse à une réflexion sur le savoir et le pouvoir — à peu près dans cet ordre-là, je crois. Le tout en profitant d'avoir des moines fort doctes à disposition pour faire des discussions théologiques qui ne sont que de la philosophie et de la morale saupoudrées de mystique.
Sans avoir jamais vu l'adaptation cinématographique de Jean-Jacques Annaud, je connaissais la clé de l'énigme, ce qui ne m'a pas empêché de bien profiter de l'enquête sherlockienne de Guillaume de Baskerville qui n'est que l'os autour duquel on a plein de bon gras à ronger. Même si Umberto Eco a effectivement la même tendance que Victor Hugo à être trop docte, mais qui peut lui en vouloir ?
Surtout quand on lit sa passionnante post-face où il livre généreusement sa méthode de travail (colossale) et ses principes d'écriture (bornés) qui en font un gars qui ne rigole vraiment pas avec le matériau qu'il a dans les mains (au point de se demander si on n'a pas été un lecteur un peu trop léger vu les ambitions…) mais qui en fait quelque chose de passionnant.
