Crapounifon@bookwyrm.social a publié une critique de Q (L'Œil de Carafa) par Luther Blisset
Omnia sunt communia
5 étoiles
La bandeau du livre promet beaucoup, rien moins qu'«Un nom de la rose version underground ». L'auteur est un pseudonyme collectif, ancêtre de Wu Ming, autre pseudo d'écrivains italiens. Nous leur devons, pour ce que j'ai lu, l'excellent Proletkult, mêlant débats au sein du Parti bolchévique en URSS, montée du stalinisme qui allait y mettre fin et de la SF dans une mise en abyme très documentée. Puis OVNI 78 sur l'épidémie « ovniesque » et les années de plomb en Italie, dans un polar bien ficelé et là encore extrêmement documenté. Pour ce qui est de la documentation, de l'érudition historique, ce précédent opus annonçait la couleur et le bandeau est mérité de ce point de vue.
Nous suivons un révolté, survivant de la Guerre des paysans de 1525, dans sa fuite et ses pérégrinations, géographiques, de l'Allemagne, à Strasbourg, des Pays-Bas à l'Italie. Mais aussi pérégrinations politiques …
La bandeau du livre promet beaucoup, rien moins qu'«Un nom de la rose version underground ». L'auteur est un pseudonyme collectif, ancêtre de Wu Ming, autre pseudo d'écrivains italiens. Nous leur devons, pour ce que j'ai lu, l'excellent Proletkult, mêlant débats au sein du Parti bolchévique en URSS, montée du stalinisme qui allait y mettre fin et de la SF dans une mise en abyme très documentée. Puis OVNI 78 sur l'épidémie « ovniesque » et les années de plomb en Italie, dans un polar bien ficelé et là encore extrêmement documenté. Pour ce qui est de la documentation, de l'érudition historique, ce précédent opus annonçait la couleur et le bandeau est mérité de ce point de vue.
Nous suivons un révolté, survivant de la Guerre des paysans de 1525, dans sa fuite et ses pérégrinations, géographiques, de l'Allemagne, à Strasbourg, des Pays-Bas à l'Italie. Mais aussi pérégrinations politiques et religieuses qui nous montreront la grande variété des courants anabaptistes, contestataires, parfois par la force des choses, les choses étant ici l'Eglise romaine et le Saint-Empire. De l'écrasement de Müntzer, aux délires post-millénaristes à Munster, nous verrons en passant d'autres courants, comme les joristes, les mennonites, les calvinistes et les débats entre eux. En sous-main, les barbouseries de l'Eglise et de son bras armé, l'Inquisition, l'intrigue étant la poursuite du héros par une immonde taupe bien collante, le fameux Q., au service de Carafa, futur pape. Si les auteurs n'ont qu'un nom, le héros, fuyant la répression, dût en prendre plusieurs. A l'inverse, Q., longtemps, n'aura qu'un pseudonyme. C'est trépidant, par exemple avec la prise de Munster par les Anabaptistes. Le livre est l'occasion de démêler les intérêts géopolitiques derrière des questions religieuses, la montée en puissance de la bourgeoisie financière, avec notamment les Fugger, les alliances d'apparence contre-nature et l'oppression des paysans, des femmes et des Juifs. Intrigue, histoire et politique se croisent alternativement comme toile de fond et trame. Passionnant car détaillé sur les affrontements politiques de l'époque mais c'est qui peut rebuter si l'on est pas intéressé par le sujet. Sinon une somme épique.