Ameimse a publié une critique de Le Cœur des Nagas par Lee Yeong-do (L'oiseau qui boit des larmes, #1)
Le Coeur des Nagas
4 étoiles
De la fantasy sud-coréenne, initialement publiée au début des années 2000, et qui ne nous parvient en France qu'en 2025. C'était l'occasion pour moi de réactiver les souvenirs de certains mots entendus lors des centaines heures passées à regarder des sageuk (séries historiques sud-coréennes) du temps où j'étais étudiante ; et surtout d'explorer comment des auteurices non-occidentales·ux ont pu se réapproprier le genre en ce début de XXIe siècle.
"Le Coeur des Nagas", c'est d'abord un livre qui su susciter chez moi quelque chose que je chéris particulièrement dans les littératures de l'imaginaire, l'émerveillement. La prose, parfois très poétique, entraîne en effet les lecteurices dans un univers dense où des poissons célestes transportant les ruines d'un autre temps surgissent dans le ciel et où, dans les racines fragiles des fleurs-dragons, se forment de petits êtres dragoniques en devenir. C'est un monde travaillé avec soin qui se déploie ; un monde …
De la fantasy sud-coréenne, initialement publiée au début des années 2000, et qui ne nous parvient en France qu'en 2025. C'était l'occasion pour moi de réactiver les souvenirs de certains mots entendus lors des centaines heures passées à regarder des sageuk (séries historiques sud-coréennes) du temps où j'étais étudiante ; et surtout d'explorer comment des auteurices non-occidentales·ux ont pu se réapproprier le genre en ce début de XXIe siècle.
"Le Coeur des Nagas", c'est d'abord un livre qui su susciter chez moi quelque chose que je chéris particulièrement dans les littératures de l'imaginaire, l'émerveillement. La prose, parfois très poétique, entraîne en effet les lecteurices dans un univers dense où des poissons célestes transportant les ruines d'un autre temps surgissent dans le ciel et où, dans les racines fragiles des fleurs-dragons, se forment de petits êtres dragoniques en devenir. C'est un monde travaillé avec soin qui se déploie ; un monde dont la géographie, l'histoire et la mythologie sont peu à peu dévoilées. L'auteur investit tout particulièrement les dynamiques sociales et interdindividuelles qui se construisent entre les personnages, ainsi qu'au sein des différents peuples, lesquels ont chacun des particularités distinctes, physiologiques aussi bien que culturelles. Il y a un souci de cohérence et une complexité, avec différentes facettes que l'on découvre progressivement, très appréciables. Dans ce premier tome, l'auteur s'arrête tout particulièrement sur la société des Nagas, explorant les formes et les effets d'un certain matriarcat qui rend, par exemple, le concept de "père" inenvisageable.
Au sein d'un tel décor, l'histoire développée dans ce tome 1 reste balisée, adoptant une structure narrative classique de fantasy : une quête, un groupe hétéroclite -tous de sexe masculin- assemblé pour la mener, des épreuves à surmonter et une forme de camaraderie qui naît, malgré et peut-être grâce, aux différences et aux singularités des 4 peuples représentés. L'auteur maîtrise l'art des changements de tonalités, le tragique côtoyant un humour, parfois burlesque, d'autres fois jouant surtout sur les ruptures de tons. Il a également un sens du dialogue indéniable qui rend la lecture plaisante. Au final, ces éléments, combinés à la richesse de l'imaginaire déployé et à l'efficacité des schémas narratifs empruntés, fonctionnent plutôt bien. Cependant, si j'ai admis l'écriture androcentrée (la société matriarcale dépeinte permet certes quelques personnages féminins mais leur place dans la trame d'ensemble, tout comme l'épaisseur qu'elles peuvent acquérir, restent encore à préciser au terme de ce tome 1), j'ai eu plus de difficultés face à quelques passages où le cadre hétéronormé hégémonique conduit à voir surgir des représentations homophobes chez les personnages. Cela n'est pas fréquent, mais cela se répète pour caractériser à chaque fois des êtres à part : les Duokshinis, créatures difformes dégénérées, ou encore les guerriers Ajarits, ces "Hommes les plus cruels qui existèrent jamais" - à propos desquels les personnages semblent plus choqués qu'ils aient pu violer des hommes, que par les viols eux-mêmes.
Au final, un premier tome qui se démarque par un worldbuilding remarquable, une richesse indéniable de l'univers et un vrai soin apporté aux rapports mis en scène. Mais dont certains passages heurtent. Les amateurices de fantasy pourront certainement apprécier, mais ce n'est pas un livre à mettre entre toutes les mains sans avertissement.














